Prison : entreprise d’insertion ?

La privation de liberté, sanction de référence de notre système pénal, est largement admise par notre société mais on ne s’interroge que très rarement sur ce qui occupe le quotidien des 64 052 personnes détenues (1) dans les prisons françaises. Or, l’enfermement n’est pas seulement une peine prononcée par une juridiction ; c’est également un temps vécu et pour beaucoup un temps décompté heure par heure, jour après jour tant « l’ennui mortel des prisons » (2) est bien souvent la seule chose qui leur est donnée de vivre. La loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 peut bien mettre en exergue « la nécessité de préparer l’insertion ou la réinsertion » des personnes incarcérées, la plupart d’entre elles se voient toujours privées des moyens et de la possibilité d’être pleinement actrices de leur vie.

La prison est prise en étau entre un discours moralisateur, qui fait des activités un moyen d’amendement des prisonniers, et la réalité du manque structurel d’activités qui plonge la grande majorité des personnes détenues dans un grand désœuvrement. Dans une situation où chaque personne condamnée se voit enjoindre de former des projets de réinsertion sans avoir la possibilité de les mener à bien, ne pas être maître de son temps, de son organisation, de ses activités, apparaît bel et bien comme une dépossession de soi.

Si à l’instar de la règle pénitentiaire européenne n°25 préconisant que « le régime prévu pour tous les détenus [offre] un programme d’activité équilibré », nous pouvons appeler de nos voeux le développement des activités mises en place en prison, il importe de s’interroger sur le type d’activités auxquelles les personnes incarcérées ont la possibilité de participer et sur le cadre dans lequel elles s’inscrivent.

Aujourd’hui, les formations professionnelles, principalement tournées vers des apprentissages manuels, demeurent bien souvent peu qualifiantes ; les activités rémunérées, en plus de se dérouler dans un cadre dérogatoire au droit commun du travail, sont pour la plupart rébarbatives et peu valorisantes ; les programmes d’enseignement, si peu nombreux, sont principalement tournés vers l’apprentissage des « savoirs de base ». Si nos représentants politiques et les administrations veulent prendre au sérieux le rôle de réinsertion sociale assigné à la prison, il convient de mettre en place une politique plus ambitieuse en termes quantitatif et qualitatif ce qui implique des moyens humains et financiers aujourd’hui largement absents.

Par ailleurs, la loi pénitentiaire, instaurant une obligation d’activité pour les personnes condamnées, a consacré l’idée que les activités feraient partie intégrante de l’exécution de la peine. Cette logique était déjà perceptible dans des pratiques antérieures telles que la prise en compte de la participation aux activités en détention pour l’obtention de remises de peine, et le déploiement, à travers les activités, de dispositifs d’évaluation et de suivi comportemental.

Dans un tel cadre, les personnels judiciaires et pénitentiaires détiennent bien souvent le monopole de l’assignation du sens à une activité : les activités considérées comme objectivement valorisantes sont privilégiées, au détriment de l’intérêt que peuvent y accorder les personnes détenues et de la cohérence avec leurs choix de vie. Peut-on imaginer, en détention, des espaces qui seraient extérieurs à un processus de probation et d’évaluation aussi permanent qu’implacable ?

Il importe que la possibilité instaurée par l’article 29 de la loi pénitentiaire de consulter les personnes détenues sur les activités qui sont mises en place au sein des établissements pénitentiaires, prémisse d’une prise en compte de la parole des prisonniers, ne reste pas lettre morte. Elle reconnaît que, pour être porteuses de sens, les activités, en prison comme à l’extérieur, doivent répondre à des besoins personnels et à des aspirations individuelles. Toute personne se réalise à travers les actions qu’elle accomplit : moins elle est autonome dans la réalisation de celles-ci, plus elle diminue ses possibilités de se construire ou de se reconstruire par leur intermédiaire. Faire en sorte, par ailleurs, que les personnes détenues puissent organiser elles-mêmes des activités au sein de la détention, comme le prévoit la règle pénitentiaire n°25, ne doit pas être vu comme un horizon inatteignable.

- Lire le dossier de presse

(1) Chiffre de l’Administration Pénitentiaire au 1 août 2011 (2) Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté, cité par l’Express.fr du 10 mars 2010, a décrit, lors d’une conférence de presse, les prisons comme le lieu d’un « ennui mortel ».


envoyer l'article par mail envoyer par mail
Version imprimable de cet article Version imprimable

Nées à l’initiative d’un petit collectif de cinq personnes, infirmières et médecin, habité par la conviction qu’une mise en mots sur notre pratique est porteur de sens pour notre monde médico-social, les causeries médico-sociales ont dorénavant un site Internet...

Au 1er mai 2017, 69.679 personnes étaient incarcérées en France, ce qui représente une hausse de 1,4 % par rapport au mois de mai 2016 (68.685). Au 1er avril 2017, il y avait 70.230 personnes incarcérées, ce qui représente une baisse mensuelle de 0,8 %.

Début 2016, sept Unités hospitalières spécialement aménagées (Lyon-Bron, Toulouse, Nancy-Laxou, Fleury-les-Aubrais, Villejuif, Lille-Seclin et Rennes) fonctionnaient en France. La huitième unité a ouvert le 18 juillet 2016 à Cadillac, en Gironde.

Un reportage de l’AFP, un rapport du Comité pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants du Conseil de l’Europe et le projet de loi de finances 2013 nous permettent de faire le point sur ce nouveau type de structure.

Voici plus de six ans, l’UHSA Simone Veil de Bron-Vinatier ouvrait ses portes et accueillait ses premiers patients détenus. Cette unité a 60 lits répartis en trois unités. Chaque unité a un projet particulier : accueil d’un patient en crise, soins individualisés, réadaptation. L’UHSA (unité hospitalières spécialement aménagées) reçoit des patients en hospitalisation libre ou sans consentement, recevant plutôt des malades souffrant de pathologies psychiatriques décompensées (psychoses, épisodes dépressifs graves). A ce jour, sept autres UHSA ont été ouvertes en France. Il était donc intéressant de retourner interviewer le Capitaine Jean-Christophe Wiart que la Fondation avait déjà rencontré en novembre 2010 pour tirer les premiers enseignements de deux ans d’expérience du métier de surveillant en un tel lieu.

Le 3 décembre 2015, lors de la soirée maintenant annuelle de la Fondation Après-Tout, avait été invité le Docteur Olivier Robert, neuropsychiatre et médecin du personnel de l’hôpital Edouard Herriot, sur le thème : « Le personnel hospitalier au carrefour de notre société »...

Selon les chiffres publiés le jeudi 15 octobre 2015 par l’Assurance maladie, les dépenses de médicaments en 2014, de 23 milliards d’euros, ont augmenté par rapport à 2013, de 845 millions d’euros (soit 3,8% de plus qu’un an plus tôt), en particulier du fait d’une nouvelle génération de molécules contre l’hépatite C comme le Sovaldi...

Toute les brèves

Contact

Fondation Après-Tout

Adresse : 15 rue Jean Perréal 69008 LYON

Mail : contact@apres-tout.org

Rechercher