La bonté

Nous avons posé la métaphysique comme Désir. Nous avons décrit le Désir comme la “mesure” de l’infini qu’aucun terme, aucune satisfaction n’arrête (Désir opposé au Besoin). Poser la métaphysique comme Désir, c’est interpréter la production de l’être - désir engendrant le Désir - comme bonté et comme au delà du bonheur ; c’est interpréter la production de l’être comme être pour autrui.

Mais “être pour autrui”, n’est pas la négation du Moi, s’abîmant dans l’universel. La loi universelle se réfère elle-même à une position de face-à-face laquelle se refuse à toute “prise de vue” extérieure. Dire que l’universalité se réfère à la position de face-à-face, c’est contester (contre toute une tradition de la philosophie) que l’être se produit comme un panorama, comme une coexistence dont le face-à-face serait une modalité. Le face-à-face est la production originelle de l’être.

La révélation du tiers, inéluctable dans le visage, ne se produit qu’à travers le visage. La bonté ne rayonne pas sur l’anonymat d’une collectivité s’offrant panoramiquement pour s’y absorber. Elle concerne un être qui se révèle dans un visage, mais ainsi, elle n’a pas l’éternité sans commencement. Elle a un principe, une origine, sort d’un moi ; elle est subjective. Elle ne se règle pas sur les principes inscrits dans la nature d’un être particulier qui la manifeste (car ainsi encore elle procéderait de l’universalité et ne répondrait pas au visage), ni dans les codes de l’Etat. Elle consiste à aller là où aucune pensée éclairante - c’est à dire panoramique - ne précède, à aller sans savoir où. Aventure absolue, dans une imprudence primordiale, la bonté est la transcendance même. La transcendance est transcendance d’un moi. Seul un moi peut répondre à l’injonction d’un visage.

Le moi se conserve donc dans la bonté sans que sa résistance au système se manifeste comme le cri égoïste de la subjectivité.

Poser l’être comme Désir et comme bonté, ce n’est pas isoler au préalable un moi qui tendrait ensuite vers un au delà. C’est affirmer que la prise de conscience est déjà langage ; que l’essence du langage est bonté ou encore, que l’essence du langage est amitié et hospitalité. L’Autre n’est pas la négation du Même comme voudrait Hegel.

La transcendance ou la bonté se produit comme pluralisme. Le pluralisme s’accomplit dans la bonté allant de moi à l’autre où l’autre comme absolument autre.

L’unité de la pluralité c’est la paix et non pas la cohérence d’éléments constituant la pluralité. La paix ne peut donc pas s’identifier avec la fin des combats qui cessent faute de combattants, par la défaite des uns et la victoire des autres, c’est à dire avec les cimetières ou les empires universels futurs. La paix doit être ma paix, dans une relation qui part de moi et va vers l’Autre, dans le désir et la bonté où le moi, à la fois se maintient et existe sans égoïsme.

… « Quand bien même la justice serait accomplie, il resterait encore à faire advenir la bonté ».


envoyer l'article par mail envoyer par mail
Version imprimable de cet article Version imprimable
Un livre de grande qualité : La vie après la peine

En France, près de 80.000 personnes sortent chaque année de prison. Sont-ils des étrangers ou des citoyens à part entière ? Faut-il les aider ou les surveiller ? Peuvent-ils commencer une autre vie ?

Une journaliste et un ancien magistrat sont allés à leur rencontre pour les écouter, leur donner la parole, nous donner quelques clefs de compréhension et nous inviter à réfléchir sereinement.

Une lecture indispensable pour qui s’intéresse aux débats actuels sur la réforme pénale ou pour qui veut comprendre ces femmes et ces hommes qui tentent de reprendre vie parmi nous.

La Vie chrétienne dans les prisons au XXe siècle

Au moment où l’administration pénitentiaire et le CNRS s’intéressent au fait religieux en prison, compte tenu de l’importance particulière que revêt la dimension cultuelle en prison et de ses implications multiples et évolutives dans la gestion des relations sociales au sein des établissements pénitentiaires, un livre est publié sur la pratique de la foi chrétienne en prison au siècle dernier :

Olivier Landron, La Vie chrétienne dans les prisons au XXe siècle, Collection « L’Histoire à vif », Editions du Cerf, Paris, août 2011, 688 pages, 35,00 €

La roue du hamster

"Aujourd’hui je suis en prison. J’ai perdu subitement, un matin, ma liberté et mon métier, pour me trouver au fond du trou." Avec ses mots arrachés au béton du quotidien, Yves Niger, un condamné, nous ouvre les portes de sa prison et nous accueille en intimité. Dans cet univers clos, où chaque instant apporte son lot d’humiliation, de désespoir, l’auteur nous fait partager le temps immobile où croupit la vie d’autres hommes...

La bonté

Extraits de “Totalité et infini", d’Emmanuel Lévinas, Editions Martinus Nijhoff Publishers (1980).

L’instant d’avant

Vincent Feroldi et Bruno Le Sourd, L’instant d’avant. La torture en accusation, 2006, 32 p., 5 € (chez l’auteur).

Soigner, un choix d’humanité

Laure Marmilloud, Soigner, un choix d’humanité, préface de Jean-Jacques Wunenburger, collection Espace éthique, Vuibert, Paris, 2007, 124 pages, 14 euros.

Placebo - Le remède des remèdes

Pascal Maire et Rémy Boussageon (sous la direction de), Placebo - Le remède des remèdes, collection Thériaka, Remèdes et rationalités, Jacques André/CEI Editeurs, Lyon, 2008, 208 pages, 31 euros.

Sur le web

Carceropolis

Comment fonctionnent les prisons françaises ? Comment se définit la population carcérale (et la surpopulation) ? Quels sont le sens et l’efficacité en terme de récidive des peines d’emprisonnement ? c’est à ces questions que veut répondre ce nouveau site...

Des idées de formations !

De nombreux lieux nous proposent des programmes de formations initiales ou des modules de formation permanentes... Il n’y a que l’embarras du choix !

Toute la rubrique

Contact

Fondation Après-Tout

Adresse : 15 rue Jean Perréal 69008 LYON

Mail : contact@apres-tout.org

Rechercher